samedi 17 octobre 2009

Hypérion




Inconnu (Violoncelle)

C’est ainsi que j’ai disparu complètement.

Unissant les cils à mes cils, les mains dans le pardon,
J’ai murmuré l’incantation,
Tu sais, celle de l’appel, la quête du cycle neuf et perpétuel,
Une demande à l’univers, la dernière des sept sans doute ;
Mon Dieu, je n’avais pas encore terminé!

Il ne restait plus qu’une peau dure soufflant à l’envers et en biais
Comme le plus simple et froid des vents de résistance,
Une boîte hermétique vidée de ces illusions hyperréalistes,
Pression hyperbare
De l’autre au rayon X.

Il était comme eux, un album d’images, sans texte d’explications,
Des photos d’eux au milieu de chaque page toutes faciles à comprendre
Rien à inventer, juste eux à voir et à manger
Pour qu’ils ne soient pas seuls, qu’ils ne meurent surtout pas sans otage,
Jamais.

Ils avaient tout abandonné sur le bord de leur bouche
Comme des vermines à l’instinct de survie barbare et moderne
De leurs demeures en béton
Lâchant les enfants en premier, bien sûr
Qui s’accrochent et gangrènent

Ces petites choses là, idéalisées dans des coïts endiablés ou fades
Ces petits cadeaux parfaits de soi pour l’autre, de soi pour soi
Etaient tombés de clones projetés en fardeaux.
Ils avaient même fini par enfouir leur Atlantide promise
Dans une marée de fumées noires.

De tout cela, ils n’en avaient rien à foutre
Et moi, j’avais la nausée.

Alors j’ai violé l’entrée d’un entre deux
Seul endroit pour valider, insoumise, l’expiation des hommes
Sans combattre, révolte silencieuse.
Je ne suis pas partie, je ne suis pas restée, j’ai juste disparu complètement
Jetant mes prédictions impitoyables à tes yeux et aux chiens d’un futur enragé.

samedi 18 juillet 2009

GoûTeR

Le goûter, moment d'excellence, temps de pause ou pour gastronomes, l'aurait-on oublié ? Mry lui rend ses lettres de noblesse et moi je lui dis "merci" !




Lui, il laissait dépasser sa main de la fenêtre grande ouverte, sa main tendue, des présents dedans. Elle était fripée un peu sur le dessus peut être - beaucoup si on avait pris le temps de la voir - mais il s’en fichait et nous aussi. Il était vieux, il avait vécu et après ? Il était assis là, juste pour passer le reste de son temps si court, sans rien ni personne et nous attendre surtout, à son heure précise, la nôtre aussi. Il penchait parfois la tête, la tournait sur la droite pour scruter le trottoir sous son carreau, impatient de tendre ses cadeaux. Il avait pioché le parfum préféré de chacun dans sa mémoire et dans sa grande boîte comme tous les jours. Celui à la cerise et l’autre à l’orange, ils étaient pour moi. Nous, on sautait sur le pavé, petite bande de gosses qui rentrent de l’école, en transit vers le dîner et le sommeil, avec l’envie de flâner et de le voir. Que nos nez coulent dans nos gants ou que nos épaules rougissent au soleil, il était là et on le savait. Alors en plein milieu du chemin, de l’autre côté de la route, on lui faisait des grands signes et lui, il nous souriait. Il nous montrait son autre paluche tant qu’il y avait des voitures - il n’aurait pas fallu qu’il nous arrive quelque chose - et puis on traversait. Je n’ai jamais entendu le son de sa voix, je ne sais même pas son nom mais il avait quelque chose de tout neuf dans le regard presque des couleurs tout autour quand nous ouvrions ses bonbons.

Le rituel a duré des mois, peut être des années, allez savoir. Mais Maman avait prévenu : «on n’accepte pas les bonbons d’un inconnu », c’est connu. Il fallait bien que ça arrive : un gosse de la bande, un sale mioche qui mériterait qu’on lui fasse la misère, a tout raconté. La police est venue - on a vu de loin le gyrophare bleu, violent dans la neige - et s’est garée sur le trottoir devant la fenêtre. Alors on a couru comme des fous. Le vieux monsieur était là, comme d’habitude, il serrait le poing, il était pâle. On s’est planté devant la fenêtre, tous droits et si fiers. A nous cinq on formait un sacré mur. La police n’est jamais rentrée dans l’appartement du grand-père tellement on a clamé sa gentillesse et son innocence, qu’il ne nous avait pas empoisonnés, ni touchés depuis tout ce temps. Mais l’homme à la main ridée a définitivement fermé ses volets ce jour là.

Et moi, depuis, j’ai oublié tous les goûters du monde, sauf ses bonbons Kréma !

samedi 11 juillet 2009

FraCTaLeS




Armand Amar "Black Gold" (Home O.S.T.)

Elle appuie sur « Enter ». L’écran mural vire au rouge, vide et plat, une sirène retentit... « alerte virus ». Elle l’entend à peine.

Dans sa tête des fenêtres quasi visuelles, sensitives, indéfinissables en fait, s’animent alors aussitôt. L’une après ou sur l’autre, en cascade, en mosaïque ou en liste - who knows ? - ça clignote sous les tempes. Des liens par centaines, bleus peut être, tissent une sorte de toile immense, sans fil, aussi dense qu’un trou noir pour occuper tout l’amas palpitant dans son crâne. C’est si rapide, complètement anarchique et pourtant… Chaque pensée impulsée par le programme s’ouvre à la manière d’une boite gigogne, qui en laisse échapper une autre, tandis que quelques unes fusionnent, s’éteignent, se désagrègent. Un nouveau tiroir nait, un autre plus ancien se gonfle, un inutile s’évapore. Le classement s’opère spontanément sans aucun effort. La conscience n’a plus sa fonction. La conscience ? Ce réservoir à délires futiles ? Des mensonges pour du temps à perdre !!! Les mots, vus, entendus - who cares ? - défilent sans lecture mais prennent tout leur sens. Quelques images illustrent ça ou ça parfois, en couleur, ou en noir et blanc, chronologiquement vôtre. Tout est stocké, rangé, méticuleusement conservé dans l’éponge vivante gonflée à blanc. Seules ses paupières immobiles et ses pupilles témoignent de l’hyperactivité du système, se dilatant ou se rétractant en alternance tous les deux dixièmes de seconde.

Elle a plein de choses à engloutir et livrer dans un va vient « immensité virtuelle » versus humain, automatique. Et pourtant, il ne se passe rien sur l’écran rouge, vide… Et cette sirène… Pourquoi n’ont-ils pas trouvé le moyen de la faire taire ? La tout petite puce dans l’hypophyse n’est qu’une expérimentation juvénile de deux ans à peine, mais tout de même : elle transporte les ondes hertziennes directement du synapse au Web et inversement. L’ordinateur ne reconnaît-t-il donc toujours pas le génie de l'Homme ?

Ses paupières claquent brutalement sur un flot de liquide salé. A l’intérieur d’elle, soudain, le noir s’étend comme une nappe de métal liquide sombre. Elle ouvre les yeux, abasourdie, panique : « Et si le complexe finissait pas créer du vide ? ». L’écran mural distille des fractales multicolores et hypnotiques : « Bienvenue ».

samedi 30 mai 2009

LuxNa




Alexandre Desplat : "Sunrise on Lake Pontchartrain" (The curious case of Benjamin Button, O.S.T.)

Au milieu du pont, à cet endroit précis, un instant, je me suis assise. Le dos contre le métal froid, de l’eau en dessous, du silence tout autour, j’ai choisi : je suis définitivement restée plantée ici, dans mon futur, pour partir aussi. Oh, je ne me suis pas enfuie, pas comme tu le penses, dans une course éperdue, en laissant tomber une mince trace à la manière d’un voile perdu. Je n’ai pas sombré non plus dans la folie ou dans le sommeil si ça se trouve, Alice au pays des chimères. C’était plutôt comme une marche lente sans pied à terre ; il n’y a pas de sol pour ces endroits-ci.

Oui, il y fait sombre, c’est vrai, mais pas noir, bleu peut-être - tu sais de cette couleur qui apaise le cogneur de crâne – quelques étoiles, liquide, et je n’ai pas fermé l’œil de cette nuit. J’étais tellement accrochée à cette espèce de lune toute ronde aux embruns tristes, mais fidèle fière et sincère, ballotée au vent calme, enfin, que j’ai oublié qui je suis. J’ai dénoué le fil d’argent en douceur, sans le rompre – ils devaient tous continuer à croire en l’illusion de ma présence – pour m’étendre vers toi. J’ai regardé sous mes pieds, sur mon ciel, pour tout prendre dans cette sphère sans paroi jusqu’aux plus simples des états purs qui m’ont laissée nue, sans contours. Il n’y a personne mais tout est là. Il suffit juste de laisser faire et venir. Il suffit de tout ouvrir au gré libre, c’est tout.

J’y ai rencontré ton visage, de plus en plus proche, à la loupe presque, puis ton relief qui s’éparpille en billes, soudain. J’ai croisé des scènes d’existence inconnues, en hologramme gris, rapides mais évidentes. Je t’avais pourtant si peu connue. Nous étions semblables et ailleurs avant, alors j’ai compris…

Je ne sais pas ce que j’ai laissé sur le pont, à cet endroit précis, à l’instant : un corps inerte ? Une empreinte de brulure ? De la poudre de craie blanche… un trou, un vide, un néant, un souvenir ? Je suis même revenue sans doute, sans avoir jamais quitté le bois. Mais j’ai su que j’avais repris à l’avenir ce qui t’appartenait : ma toute petite vie.

mardi 12 mai 2009

Le PeUpLe





Les sentiments étaient confus, pieusement conservés à en devenir une lente anarchie. Entre révolte simple et impuissance à inverser le solide en vapeur, sa présence lui parut souvent injustifiable.

Ils étaient bien trop nombreux, bien trop tous, trop peu fous, enfermés dans eux-mêmes, seuls tous ensemble, donc forts. Car ils formaient une entité gigantesque, sans le savoir, séparément pourtant, s’ignorant, mais jumelés les uns aux autres, en boucle. Ils avaient la même destinée, la même fadeur, les mêmes pensées, des aspirations peu profondes juste inspirés par leur respiration automatique, la dernière encore capable de les soulever par le torse. A haute altitude, ils ressemblaient à un assemblage de blindages autonomes, comme des atomes à géométrie variable et à usage unique, indéformables… paradoxe. Ils étaient absolument identiques ; leur union rendait la tâche d’autant plus insurmontable. Qu’un seul d’entre eux saute ne pouvait pas suffire à exploser le couvercle en platitude massive, six milliards de carats purifiés, en toute impunité. Qu’un seul disparaisse et rien ne transparaissait. Ils avaient été réduits à l’alchimie de base : manger, ne pas fermer l’œil, posséder, consommer, se consumer, sans attache, guetter. Des deux sentiments au monde, père de tous les autres depuis les origines, ils n’avaient conservé que la peur, celle de l’humain miroir, de l’approche et du reflet. Elle les maintenait en vie. Mais ils n’en avaient pas conscience, conscience ennemie, ou sinon... L’autre, l’amour, ils l’avaient abandonné en même temps que la parole, devenue inutile, frôlant le dangereux. Ils s’écrivaient des lettres virtuelles, pour se commander de la nourriture toute prête ou se faire livrer des choses, avec des gants bien sûr, plein d’objets débiles, dénoncer, et sommer l’autre de déguerpir aussi. Ils étaient tranquillisés par des collections, à l’abri sous la toute puissance technologique, planqués derrière leur mur de propriétés lisses à eux, à eux, à eux.

En une année, elle en avait assassiné quelques dizaines, dans leur lit avec elle, du voisin de l’appartement en hexagone, une nuit passionnelle, en passant par le jeune passager du bus si beau, qu’elle avait pisté pendant des mois. Elle avait serré cette femme dans ses bras, qui ne demandait qu’à s’effondrer. Elle en avait même eu quelques uns, anonymes, par surprise au milieu d’une foule, juste en se laissant aller, se jetant, offerte, parmi eux. Elle était une épine, un virus même, nommé « Gaïa » dans le système informatique rouge. Ils l’avaient injecté à plusieurs, à distance, alliés inconnus tous ailleurs.

Mais ce soir là, elle s’assit au milieu du pont, sur le chemin du retour sans pouvoir choisir. Avancer encore ou faire demi-tour, pour empêcher l’aujourd’hui ?

vendredi 27 mars 2009

Magwann m'a tagguer

Je sais, ce qui suit n'aurait normalement pas sa place ici.
Mais la Paupiette des blogs, alias Magwann m'a tagguée par chez elle. Et comme la Dame est grande, je déroule le tapis rouge de mon antre sacrée, à sa folie Dragibusienne.

Le mélange des hasards d'un mot, d'une phrase et d'une photo se métamorphose en une étrange création quasi évidente à la manière d'une pochette d'album.

A ceux qui veulent tenter l'exercice périlleux, rendez vous chez Magwann pour les règles du jeu.

mercredi 11 mars 2009

L'OeuVrE d'Un FiL




Philippe Rombi "Ricky Theme", Ricky O.S.T.

Les bougies sont presque toutes silencieuses. Je suis assise ici, des fantômes tout autour, en sel, en marbre ou bleus azur. Des fils de sorcières y pendent, comme des pleurs secs. Ils sont blafards de poussière, comateux, l’air malade… oubliés. Grands, plats, pulpeux, squelettiques ou scènes de guerre géantes, de pique nique, les zombies d’art semblent dormir, dorénavant. Sagement, ils attendent peut être, en survivante apesanteur ; ils veillent c’est certain, juste empathiques et patients. Il y a même cette femme, en surface, qui sourit - pas sûr, allez savoir – les bras croisés dans sa robe noire, au fond de son sarcophage en verre. Ils avaient une existence heureuse, avant, avec des yeux posés, plein de grâce, dans des corps ébahis postés devant. C’était si émouvant de les voir ! Et c’est moi qu’ils regardent maintenant. Oh ! Ils n’étaient pas vraiment vivants comme on pourrait l’entendre, quoiqu’ils n’auraient demandé qu’à l’être. Un rien aurait suffit. C’est toi qui me l’as dit. Qu’ils venaient de creux de certains ventres, ceux d’hommes fous ou malheureux, d’amoureux, d’épicuriens. Qu’ils sortaient tout droit de viscères pleins de passion, parfois de rage, comme on fabrique les enfants. Qu’on avait voulu leur faire dire, par les matières, les mains et les couleurs des choses que les mots ne racontent pas. Tu sais, ces impressions qui ne s’expriment qu’à l’intérieur. Ils étaient beaux, ces messagers, ils respiraient sans un mouvement. Et toi, tu venais te remplir de leur souffle sans mesure, à chaque fois qu’il faisait froid. Tu passais des heures avec eux, quand tu ne savais plus à quel mirage tu pouvais croire. Tu trouvais des réponses. Tu les caressais parfois. Tu m’as emmenée alors que je ne pouvais pas encore comprendre.

Et moi, dans ce sanctuaire, j’ai de la craie plein les mains, comme de la colère vierge en poudre. J’en ai immaculé les murs. De petits hommes minuscules, partout, j’ai imprimé les alentours. Tous petits, tous simples, des bâtons sur les parois d’une tombe. Crois-tu que je les ai tués pour qu’ils apprennent à vivre ? Ou alors ai-je voulu les immortaliser ici pour qu’ils se rencontrent, pour que mon avenir et ton présent se croisent ?… Là où tu pouvais dormir, sans crainte que le monde s’assoupisse.

J’ai tellement peur qu’il soit trop tard.
Pourraient-ils voir ou façonner à nouveau, juste une fois, le fil invisible suspendu à tes lèvres lorsque tu embrassais mon front ?

mardi 24 février 2009

Rag(ing) doll




A ma Poupée de Vair !

L’Alerte...
Des ombres jouant aux croquis noirs sur les murs,
des lames en poche lacérant tes bras,
une chute dans l’eau,
des danses, mes plantes de pieds campées sous les tiens,
un orteil qui craque,
du chocolat plein le bocal
et ces Autres, ces Autres, maudits bancales, que j’implore en excuse, toujours en silence…

Qui suis-je ? Une absente infernale? Une enfant indomptable ? Une damnée, dansant dans sa camisole légère sur un tas de douleurs ? Qui suis-je pour t’avoir fait cela ? Entre mélancolie le jour et agitation nocturne, je t’ai emportée vers des contrées inconnues et obscures, où tu t’en vas seule désormais. Je t’ai promis le grand air de mon assurance au timbre chevrotant, plein de carbone. J’ai pavé les voies sans issues de tonnes de petits cailloux d’or. Je t’ai remplie d’idées gargantuesques à perdre l’appétit et la mémoire. J’y croyais et j’y crois encore, mais… J’ai parfois si peur que ce soit un mensonge à toi, à nous, au monde… et tant bien même ! Tu t’es blottie au creux de ma démence clairvoyante, j’ai lâché ta main. Je ne m’attendais pas à ce que tu partes si loin.

Alors maintenant, qui pourrait te rejoindre ? Qui parviendrait à voir les nuées de débris en orbite dans ton univers sans coin ? Saurais-je attraper tes pensées qui défilent, te mutilent, défilent, défilent ? …se battent à mort, t’ensorcellent à te rendre dingue, ne heurtent plus rien : je n’ai jamais construit de mur et toi tu ne sais plus dormir. Et si les astres explosent sous ton crâne, privant tes nuits d’espérance innocentes, qui sommes-nous, tous, pour t’imposer des croyances de grande ?

Dans ce néant trop plein, sans billet de retour, tu ne vois pour l’instant que des couloirs sans lumière et des portes minuscules. Personne, mon dieu, qu'il fait vide ! C’est que tu crois, c’est ce que tu crains. Mais je te regarde pleurer, ta torpeur et te pousse pourtant encore au voyage. Je te vois en conquistador fier, des continents idéaux à découvrir, après, derrière la lame trop haute. Le court bouillon dans ta cervelle court-circuite tes rêves, encore si fort mais plus pour longtemps. Je le veux pour toi, pour deux. N’aie pas peur, mon ange, tu vas à la rencontre de ta solitude immense, puissante, géante verte, étoile naissante…. Avance... Encore !

dimanche 8 février 2009

La FreSqUE




Cliff Martinez "Wear Your Seat Belt", Solaris O.S.T.

Elle traverse le pont. Celui du cinéma, des amoureux le jour devient, la nuit, le passage imprévisible au dessus du fleuve noir comme le vide. Sa chemise caresse la rambarde métal. Mi-femme, mi-chimère, silhouette fine dans la brume de pleine lune, les planches dandinent de son ombre blanche. Que les derniers promeneurs d’une insomnie ou les oubliés titubent ici aussi, peu importe. Ils ne pourront pas la voir. C’est mieux ainsi. Et si un gros brochet saute sur le pont, soudain, tombant sur le bois vissé aux traverses, s’agite et se tortille, si quatre pattes poussent sous son ventre pour la suivre, peu importe aussi. C’est ainsi. Pas de frontière, pas d’étrange, rien de parallèle ou imaginaire, elle traverse le pont, grand ouvert : c’est une histoire d’équilibre.

A cette heure, chaque jour, sa destination est la même. Sur l’autre rive, git le colossal bâtiment vide. Il survit. C’était un palais, il y a fort longtemps, démesuré et féérique. Lorsque l’antre des Rois mourut avec eux, on l’avait ressuscitée un peu plus tard, y entreposant de l’histoire, la mémoire des hommes, leurs émotions sur toiles de couleurs, de la terre et des marbres façonnés de tous leurs sens. Et puis un matin de glace, Ils étaient arrivés, à grand renfort de camions et de chars pour piller. C’était un ordre, le salut, le purgatoire même et dans le grand brasier, le majestueux édifice s’était à peine noirci de l’intérieur. La pierre extérieure, elle, était restée jaune et fière.

Elle traverse les pièces. Sa chemise caresse les cendres laissées sur les murs. Les galeries, les portes fantômes, les miroirs poussiéreux, les morceaux de verre défilent sur son passage. Le trajet est précis, long, sinueux ou en lignes droites, montées et descentes, montées et descentes… descentes… descentes, encore. Dans la pièce sombre, des dizaines de bougies illuminent des statues de bois, des masques, quelques tableaux tristes, une femme de sel sans bras, un dieu nu et rigide : des oeuvres d'Art rescapées. Elle souffle sur une flamme puis s’approche du grand mur. A la craie, elle dessine un petit homme bâtons, le raye d’une croix. Il y en a des milliers semblables sur la fresque primaire. Les Autres, comme elle, sont déjà venus et viendront encore, éteignant les lucioles une par une, traçant eux aussi leurs victimes sur le mur. Elle ne les rencontrera pas. C'est ainsi. Elle n’est pas seule et elle le sait.

samedi 7 février 2009

LOuVe

Sur la toile, il y a un combat de mots ici, défendu là.
Vas-y, toi aussi et défends la Nina !!!
Mais la guerre est veine, Monsieur K... ! Et pan... ça c'est pour toi :




Javier Navarrete : "Asturias", Mirrors O.S.T.

La Louve…
La bêêêêête..
Fertile, lovée
Depuis et pour toujours,
Gueule, crocs et hurlements,
Solitaire sur le pic au dessus de toi
Guette et te connais jusqu’aux viscères.
N’as-tu pas tremblé dans ton lit ?
N’as-tu pas jamais odoré sa présence ?
Dans tes rêves ?
Derrière tes jambes qui s’enroulent
Quand tu t’enfuis ?
N’as-tu pas entendu sa guérison ?
Tous les possibles,
Du poil à l’œil sanguinaire
Ne sont-ils pas
Tous des élixirs de sorcière ?
N’as-tu pas plongé dans sa lumière
Pour t’y apaiser
Juste une fois ?
Sauvage, enfant des bois,
Froid du dehors, chaleur à l’âtre,
Dedans il s’y consume des histoires,
Des révoltes guerrières,
Les sens affûtés comme dès l’âme,
Le flair bondissant,
De sa rage protectrice,
Légende qui aspire,
Peur qu’elle provoque et qu’elle déguise
En petit chaperon rouge.

Alors, Monsieur Super K, ne jouerais-tu pas au Kamikaze ou au Kellogs Korn Flakes que l’on va croquer tout cru sans lait ? Ou comme le petit cochon, souffler sur ton livre pour en arracher la page 100 ? Mais si tu insistes à la faire disparaître, saches qu’une seule de tes petites proses ne pourra pas évanouir la nuit des temps. La louve est éternelle, qu’on se le dise !